Importance du Libre

Rédigé par P. Foubet Aucun commentaire
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D'où vient cet engouement les logiciels libres ?

Richard Stallman a lancé, seul, son projet d’un Unix libre (GNU) en 1983. Puis, ayant rassemblé autour de lui quelques amateurs éclairés, il a fondé la FSF en 1985 (*0). Et depuis beaucoup de personnes utilisant des ordinateurs ont rejoint les utilisateurs des logiciels libres.
Comme le montrent les études réalisées sur le sujet (*1), la courbe est exponentielle :

Part de marché logiciel libre
 

Nous allons faire un tour d’horizon pour tenter de comprendre ce qui pousse les gens à faire des efforts pour maitriser un minimum leurs outils informatiques afin de leur permettre ensuite de remplacer leurs logiciels propriétaires par du code libre.

Quelle est la place des logiciels dans notre environnement ?

Tout le monde le constate, l'informatique tient une place de plus en plus importante dans notre vie de tous les jours car elle est présente dans une multitude d'objets, qui, s'ils ne sont pas tous forcément indispensables, sont devenus, surtout auprès des jeunes générations, incontournables car très utilisés au quotidien.
Les ordinateurs individuels, dont les prix chutent de mois en mois, sont de plus en plus présents dans les foyers. Ils sont quelquefois complétés par des tablettes et des smartphones.
A ceci, s'ajoutent les logiciels embarqués qui contrôlent les véhicules modernes, les appareils électroménagers, les compteurs (eau, gaz, électricité , ...), les systèmes de surveillance, ou le fonctionnement d'un téléphone (portable ou non), d'une liseuse, d'un GPS, ou d'une station météo.
On peut aussi augmenter la liste avec des éléments qui concernent des groupes de personnes plus restreints : les consoles de jeu diverses et varié es, les calculatrices électroniques (obligatoires dès que le niveau des études s'élèvent un peu), certains jouets, des lecteurs de musique baladeurs, etc.
En France, on dénombrait au début de l'année 2016 environ 48 millions d'internautes (*2). Ce qui représentait plus de 7 français sur 10 connectés au réseau Internet.

Quelle maîtrise avons nous sur ces outils informatisés ?

Si on considère un individu « classique », comme on en rencontre souvent dans les villes, ayant fait des études supérieures, et pouvant même avoir des responsabilités dans son entreprise, il n'est pas rare de le voir s'interroger sur les comportements souvent «bizarres» de son PC. Pour s'en convaincre il suffit de lancer une recherche sur Internet avec les mots clés : « problème windows » et on obtient plus de 26 millions de réponses (test fait en septembre 2015 avec le moteur de recherche Google).
Certains constatent que leur PC les empêche d'accéder à certaines informations. Ou, au contraire, qu'il les oblige à télécharger des modules ou des mises à jour. Que contiennent ces fichiers ? Cela reste un mystère car très souvent aucune explication n'est donnée.
Ces phénomènes se reproduisent à l'identique avec leur téléphone portable ou leur tablette.
Beaucoup se plaignent d'avoir l'impression d'être surveillé. Par exemple, ils vont sur des sites marchands pour simplement regarder des articles comme certains le font devant des vitrines de magasins. Et alors qu'ils n'ont donné aucun renseignement sur leur identité , ils reçoivent plus tard, par email, une proposition de devis à leur nom pour un produit sur lequel ils se sont attardés.
Si on prend la peine de rechercher sur Internet de l'information à propos de l'espionnage des internautes, on trouve des histoires comme celle-ci : « Lorsque l'affaire Snowden a éclaté avec la révélation du programme PRISM, les internautes du monde entier ont découvert que les géants américains du web (Google, Facebook, Apple, Skype, Microsoft, Yahoo,...) collaboraient activement avec la NSA pour lui permettre de collecter des données personnelles sur leurs serveurs. Tous ont ensuite réagi pour montrer patte blanche et affirmer qu'ils faisaient tout leur possible pour lutter contre les programmes de surveillance massive mis en place par les Etats-Unis. » (*3)
Mais si l'état américain demande aux marchands de logiciels de les aider c'est qu'il sait que les systèmes vendus aux clients leur permettent de le faire.
Ailleurs, des sociétés proposent des applications « pour contrôler l’usage du téléphone portable de votre enfant ou de votre employé. Ce logiciel de surveillance mobile fonctionne de manière invisible et vous fournit une multitude d’options de traçage afin que vous puissiez garder un œil sur toute l’activité ayant lieu sur le téléphone surveillé, des appels aux mises à jour de calendrier, SMS, l'historique des appels, emails, ... » (*4)
Là encore, les systèmes des téléphones portables permettent d'installer ces logiciels espions sans que cela soit détecté par le propriétaire du téléphone.
En juillet 2007, la société Amazon a supprimé à distance sur les appareils « Kindle » de ses clients, plusieurs ouvrages dont, ironie du sort, « 1984 » de Georges Orwell. Dans ce roman de science fiction, les censeurs du régime effaçaient les informations peu favorables à « Big Brother ». (*5) Le système fourni avec cet appareil permet à ses concepteurs de surveiller les lectures de leurs clients à distance, d'en bloquer ou d'en supprimer le contenu.

Quelles sont les solutions aujourd'hui ?

Pour échapper à de telles intrusions dans notre vie privée, il y a plusieurs solutions :

  • vivre sans téléphone portable et sans Internet. C'est possible : on l'a fait pendant des siècles et on le faisait encore il y a quelques années.

  • réinstaller le système après chaque utilisation de l'appareil : assez long et fastidieux.

  • utiliser des machines virtuelles que l'on jette après chaque utilisation. C'est la même méthode qu'avec les Kleenex, mais sans remplir votre corbeille à papier. L'inconvénient c'est qu'il faut être équipé d'une machine très performante qui supporte de faire de la virtualisation avec des temps de réponse raisonnables. Mais même avec une très bonne machine (et très chère bien entendu) cela ne donnera pas de bons résultats si vous regardez des vidéos, les interfaces graphiques virtuelles le supportant mal.

  • enfin, une dernière solution plus abordable et plus pérenne : utiliser des logiciels libres.

Et dans les entreprises ?

Lorsque l'on fréquente les services informatiques de petites ou moyennes entreprises, et même de grands comptes (le CEA, Renault, la RATP, ...), on se rend compte que beaucoup de choses restent non dites mais sont partout présentes.
Les entreprises sont également victimes d'espionnages. Voici un résumé de ce qui a été récemment constaté dans une entreprise du nord de Paris, pas très loin du Parc de La Villette : des informaticiens étaient en train de faire des mesures de bandes passantes sur le réseau interne, lorsque l'un d'eux constate qu'il y a un échange important qui est fait sur une des machines du parc, dont l'utilisateur est dans le couloir en train de discuter avec d'autres personnes.
Ce fait curieux incite les deux personnes, l'informaticien et le propriétaire du poste de travail, à aller y voir de plus près. En fait il n'y avait rien à voir. De premier abord le poste avait l'apparence d'un poste au repos, sans aucune application ouverte. En y regardant de plus près et en analysant les trames en sortie, ils ont constaté qu'un échange était en cours avec des serveurs sur Internet dont ils ont relevé les adresses IP. Une enquête est en cours. Un autre détail important : c'était le poste de la comptabilité.

Mais rien n'est fait pour leur faciliter la tâche

Par exemple, si un chef de service souhaite équiper les machines de son service avec des versions de GNU/Linux, il a à faire face à une somme de petits tracas qui font que bon nombre renoncent à franchir le pas.
Prenons simplement l'accès aux imprimantes pour illustrer le propos. Chez la plupart des constructeurs d'imprimantes les drivers ne sont développés que pour les systèmes vendus par Microsoft et Apple. Et quand une société de service demande les sources pour les adapter à d'autres systèmes, on les lui refusent sous le prétexte que c'est confidentiel. Ce qui n'est pas un argument acceptable puisqu'aujourd'hui, pour la majorité des périphériques d'impression, les commandes se font en envoyant aux copieurs des paramètres dans des formats texte type XML. Ce qui signifie qu'il n'y a plus, dans les opérations de pilotage, la présence d'éléments qui pourraient révéler des secrets sur la technologie utilisée.
D'où̀ la question : comment des marchands d'imprimantes peuvent s'arroger le droit d'imposer à leurs clients d'utiliser tel ou tel systèmes ? Et de leur interdire l'utilisation de tel ou tel autre ?

Et dans les autres domaines ?

Prenons juste un fait récent, qui semble au départ n'avoir rien en commun avec notre sujet mais qui, au contraire, est en rapport très étroit avec les logiciels libres.
L'entreprise Volvo, qui pollue la planète avec ses véhicules et ses moteurs diesels, organise depuis plusieurs années des courses de bateau par équipage à travers le globe, afin de redorer son blason écologique aux yeux du grand public : la « Volvo Ocean Race ». Cette course au large par équipe s'appelait avant « la Whitbread Round the World Race ».
Le 29 novembre 2014, lors de la deuxième étape entre Le Cap et Abu Dhabi, une des équipes a planté son bateau sur un récif de corail en plein océan indien, au nord­est de l'île Maurice. Coût approximatif de la bourde : 9 millions d’euro. On aurait pu croire à une simple erreur de navigation. Mais le bateau de l'équipe en question était skippé par l'un des meilleurs marins du moment, le néo­zélandais Chris Nicholson, qui a obtenu pas moins de six titres de champion du monde, et dont c'était la cinquième participation dans cette course. Son équipage, qui n'était pas composé de débutants, possédait aussi de solides références. L'erreur de navigation a donc été exclue.
D'autre part ce récif de corail n'est pas un petit caillou perdu dans l'océan indien. Sa longueur de 25 milles, est quasiment égale à celle de l'île Maurice, soit environ trois fois la longueur de Belle-Ile.

L’organisation de la Volvo Ocean Race a demandé à trois experts indépendants de rédiger un rapport sur ce crash que vous trouverez sur leur site (*6). On y lit que la cause de l'accident vient de dysfonctionnements dans les logiciels de navigation, qui n'ont pas détecté la présence de l'obstacle ! Depuis, certains projettent cet incident et font le rapprochement avec les logiciels privés qui contribuent à faire voler les avions de grandes lignes, qui parfois disparaissent ou se crashent également mais pour lesquels aucune enquête n'est jamais rendue publique. Et si dans certains cas, il s'agissait aussi de bugs logiciels ?

Notons que depuis la page a été supprimée et que certains essaient de faire passer l'accident pour erreur humaine (*6bis). Il est navrant que des skippers, qui n'étaient pas présent dans la course,  se soient prêtés à ce triste jeu. D'autres sont plus nuancés et disent bien que les experts on signalé qu' « Il y avait des soucis avec la cartographie et avec les dangers à éviter à certaines échelles sur les cartes » (*6ter).

Et aujourd'hui, devant la pollution qui nous envahit de plus en plus, les politiques se vantent de nous préparer un avenir radieux, composé de voitures propres, dans lesquelles on pourra même monter en ayant bu un petit verre d'alcool, puisqu'elles auront toutes un système de pilotage automatique qui emmènera leurs passagers à travers les rues encombrées. Oui mais, si ces systèmes sont aussi fiables que celui qui équipait ce bateau ?

C'est pourquoi une idée simple vient à l'esprit de ceux qui réfléchissent pour trouver une solution : ce serait de faire en sorte que tous les équipements utilisés pour le transport du public embarquent du logiciel libre !

En effet, une société qui produit du logiciel libre soigne forcément mieux son code et ses tests puisqu'elle sait qu'elle doit le publier. Les sociétés concurrentes, qui veulent participer au développement de la suite, pourront travailler sur le sujet de manière plus directe. Et trouveront peut-être d'éventuels bugs, ce qui renforcera ce code.

Avec un tel plan tout le monde y gagne : les constructeurs des véhicules, les équipementiers, les informaticiens. Et surtout, bien entendu, les voyageurs ! Et si la société initiale fait faillite, inutile de perdre du temps et de l'argent en recommençant autre chose, on peut continuer le projet avec l'existant, puisqu'on a toutes les sources !

Et que nous réserve l'avenir ?

Avec les développements de nouvelles interfaces homme/machine, il y a des choses plus importantes que des caméras embarquées, des lecteurs d'empreintes digitales ou des écrans tactiles : c'est le casque qui va nous permettre bientôt d'utiliser notre ordinateur en le commandant par la pensée. Le projet OpenVibe de l'INRIA propose déjà une interface, des outils et des exemples pour développer des logiciels (*7).
Il s'agit de récupérer les ordres envoyés à la machine en analysant en temps réel l'électroencéphalogramme de la personne qui porte le casque, grâce à un logiciel intelligent sachant interpréter les signaux émis par l'activité du cerveau. Pour l'instant ce ne sont que des prototypes, mais si une société privée arrive à développer un système fiable et le vend à un prix raisonnable, il y a fort à parier qu'il sera autant présent dans les foyers que le sont aujourd'hui les téléphones portables ou les tablettes.
Imaginons maintenant que les systèmes vendus contiennent du code qui permettent à ses concepteurs de récupérer une partie des pensées des utilisateurs à leur insu ...

Patrick Foubet


Références :


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